September 27, 2021

The World Live Breaking News Coverage & Updates IN ENGLISH

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CNews, une chaîne française d’info à la ‘Fox News’

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The New York Times traduit en français une sélection de ses meilleurs articles. Retrouvez-les ici.

PARIS – C’est la chaîne d’info qui se targue de dire ce que les grands médias “woke” ne disent pas. Qui affirme qu’elle se bat pour une liberté d’expression qui serait en voie de disparition alors même que l’autorité de régulation de l’audiovisuel l’a condamnée à une amende pour incitation à la haine raciale.

Bienvenue sur CNews — qui en quatre ans à peine s’est hissée en mai dernier à la tête des chaînes d’info françaises en se faisant le porte-voix de politiciens d’extrême-droite, de climato-sceptiques et d’un partisan notoire de l’idée discréditée d’utiliser l’hydroxychloroquine, un médicament antipaludéen, pour soigner la Covid-19.

On la compare à Fox News — la chaîne américaine ultra-conservatrice qui privilégie les débats houleux jusqu’au clash et aborde les sujets de société explosifs — et ça marche. Propriété du milliardaire français Vincent Bolloré, ancien PDG du groupe de média Vivendi, CNews s’est rendue incontournable dans le débat national. Les sujets brûlants qu’on y aborde — comme l’insécurité, l’immigration et la place de l’islam en France — sont ceux qui ne manqueront pas de sous-tendre les présidentielles de 2022.

L’influence extraordinaire et le rôle controversé de la chaîne sont apparus encore plus clairement cette semaine quand sa vedette numéro un a été contraint de renoncer à l’antenne en raison de sa probable candidature aux prochaines élections présidentielle — une candidature qui pourrait réellement modifier la donne.

Dans un pays où l’on fait peu confiance aux médias, CNews a émergé à un moment de mécontentement extrême — au lendemain des manifestations des gilets jaunes de 2018, qui, comme lors de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ont provoqué un grand examen de conscience chez les journalistes. Mal compris par les organes de presse traditionnels, les gilets jaunes exacerbaient la perception que les médias sont centrés sur Paris et déconnectés du reste du pays. Dans cette nouvelle ère, il arrive que des manifestants s’en prennent aux journalistes en reportage, et parfois violemment.

“Les gens en ont marre du politiquement correct. Et donc en France, depuis 30 ans, 40 ans, l’information est entre les mains de journaux, de télévisions, de quotidiens qui disent tous la même chose,” dit Serge Nedjar, le directeur général de CNews, pour expliquer son positionnement dans un pays qui compte quatre chaînes d’information en continu.

Contrairement à ses concurrents, CNews se focalise sur “des décryptages et des débats” à partir de sujets que Serge Nedjar juge essentiels pour les Français mais négligés ou insuffisemment abordés par les médias : “La délinquance, l’insécurité, l’immigration”.

“On a créé cette chaîne en se disant qu’on parle de tout, y compris des sujets qui sont inflammables,” souligne-t-il.

Serge Nedjar affirme qu’il ne connaissait pas Fox News à l’époque de la création de CNews et rejette toute comparaison. “Il y a le mot ‘News’, et puis tant mieux si ça marche comme Fox News,” dit-il à propos du nom de sa chaîne. “Fox News, ça marche vachement bien là-bas, il paraît.”

Mais pour ses détracteurs, le problème vient moins des sujets choisis par CNews que de la manière dont ils sont traités. En mettant l’accent sur des opinions souvent peu étayées par des faits ou des enquêtes, dénoncent-ils, la chaîne relaie des préjugés ambiants et creuse les clivages d’une société déjà polarisée.

“C’est une façon de dépouiller l’opinion dans ce qu’elle a de pire — c’est ce qu’on entend au café du commerce: ‘on ne peut plus rien dire’, ‘on n’a pas le droit d’en parler’,” déplore Alexis Lévrier, historien des médias à l’université de Reims.

Dès la semaine de rentrée après les vacances d’été, CNews a renoué avec une recette désormais éprouvée consistant à attiser les divisions raciales et religieuses, cette fois en réponse à l’annonce par Emmanuel Macron d’un plan pour relancer Marseille — la deuxième ville de France qui, fruit de décennies d’immigration en provenance d’Afrique, est aussi l’une de celles dont la population est la plus diversifiée.

Sur CNews, une présentatrice et ses invités, dont un porte-parole du Rassemblement National, d’extrême-droite, n’ont cessé de prédir l’échec du plan. Les invités qualifiaient Marseille de ville de non-droit constituée d’“enclaves” où on ne se sentait plus en France parce que les résidents étaient d’origine “ex-européenne”.

Pascal Praud, un des principaux animateurs de CNews, a également taquiné Emmanuel Macron pour avoir parsemé son discours marseillais de mots peu courants comme “thaumaturge” ou “palimpseste”.

Selon Serge Nedjar, CNews met en avant des personnalités qui “sont des gens normaux”, “pas prétentieux”.

“Ils ne se prennent pas pour Victor Hugo,” dit-il.

Éric Zemmour, la personnalité-phare de la chaîne, est devenue une figure nationale et fait l’objet de deux décisions du CSA. Il n’hésite pas à se faire le relais de la théorie conspirationniste du soi-disant “grand remplacement” de la population établie par les nouveaux-venus d’Afrique. C’est une théorie qui a inspiré les suprémacistes blancs auteurs de massacres au Texas et à Christchurch, et à laquelle même les politiciens d’extrême-droite comme Marine Le Pen évitent de faire référence.

“Vous avez une population qui est française, blanche, chrétienne, de culture gréco-romaine” remplacée par “une population qui est maghrébine, africaine, pour la plupart musulmane,” déclarait Eric Zemmour sur CNews il y a deux semaines.

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, ou CSA, a déjà rendu deux jugements suite aux déclarations d’Eric Zemmour. Il a d’abord mis CNews en demeure, puis en mars lui a infligé une amende de 200 000 euros, pour incitation à la haine. C’est la première fois qu’une chaîne d’information essuie une telle sanction. Depuis juin, le CSA — chargé de veiller à l’équilibre politique dans les médias audiovisuels — a aussi mis deux fois en garde CNews pour n’avoir pas présenté une diversité de points de vue, et pour avoir accordé un temps d’antenne excessif au Rassemblement National.

Serge Nedjar a rétorqué la semaine dernière qu’Eric Zemmour ne faisait qu’exercer sa liberté d’expression et que la chaîne faisait appel de ces décisions. C’est toutefois le fait que M. Zemmour envisage d’être candidate à l’élection présidentielle qui a contraint la chaîne, lundi dernier, à prendre des mesures. Le CSA ayant ordonné une limitation du temps d’antenne de M. Zemmour parce qu’il pouvait être assimilié à un acteur politique, CNews a annoncé qu’il cesserait d’apparaître dans son programme régulier.

L’histoire de CNews commence en 2015 quand Vincent Bolloré prend le contrôle du groupe Canal Plus dont la chaîne d’info i-Télé, plutôt de gauche, est en difficulté. Elle renaît en 2017 sous le nom de CNews.

Le mouvement des Gilets jaunes en 2018 — qui émanait de Français de la périphérie géographique et économique — a pris de court les élites médiatiques et politiques. Les journalistes en sont arrivés à être considérés comme des adversaires et sont devenus la cible des manifestants, rappelle Vincent Giret, directeur de l’information de Radio-France.

“Il y a une partie des Français aujourd’hui qui ne sentent pas représentés en écoutant ou en regardant nos médias,” reconnaît-il.

Lors d’une récente conférence de presse, Vincent Giret a assuré que Radio-France mettrait l’accent sur un journalisme fondé sur les faits, la neutralité et le reportage pour ne pas nuire au “débat démocratique”.

“On évite — parce qu’on y a réfléchi — de se présenter comme l’anti CNews,” souligne-t-il.

En réalité, à en croire les spécialistes des médias, le succès de CNews a plutôt influencé ses rivaux, et notamment Radio-France qui vient de lancer une rubrique opinions sur France Inter.

“Nos concurrents directs, qui ont passé leur temps à dire qu’on ne fait surtout pas de CNews, ne font que du CNews,” s’amuse Serge Nedjar.

Cet été, le pouvoir de CNews s’est peut-être encore accru avec la prise de contrôle par M. Bolloré, son propriétaire milliardaire, de la radio d’Europe 1. Plusieurs animateurs de CNews officient désormais sur les deux chaînes.

Patrick Cohen, un journaliste chevronné, a été l’un des nombreux à quitter Europe 1 par crainte que la chaîne ne devienne une version radio de CNews.

“La raison d’être de ces chaînes, ce n’est pas la recherche de la vérité, mais la recherche de la controverse,” prévient-il. “C’est la fonction de ces chaînes de créer des fractures.”

Il pense toutefois que l’influence de CNews sur la politique et les élections de 2022 restera limitée. Si CNews s’est classée première parmi les chaînes d’info au mois de mai, sa part d’audience reste toutefois inférieure à celle des chaînes classiques.

D’autres estiment que, tout comme Fox News il y a vingt ans, CNews a comblé un vide dans le paysage médiatique et poussé le curseur conservateur français davantage vers la droite.

“C’est en partie dû à l’effet de Fox News et c’est en train de modifier complètement le paysage politique français,” confirme Julia Cagé, économiste et spécialiste des médias qui enseigne à Sciences-Po.

Au début du quinquennat d’Emmanuel Macron, l’entourage du président suivaient BFM, une chaîne calquée sur CNN qui a cédé la tête de l’audimat à CNews une première fois en mai dernier, explique Alexis Lévrier, l’historien des médias. Maintenant note-t-il, ils sont rivés à CNews. BFM reste toutefois en tête du classement général pour l’ensemble de la saison.

Il y a deux ans, certains responsables politiques — de gauche, dont les Verts, ou du parti centriste d’Emmanuel Macron — juraient qu’ils ne mettraient jamais les pieds dans les studios de CNews. Depuis, ils sont nombreux à y avoir fait un discret détour.

Même s’il est prudent en évoquant le pouvoir de la chaîne, Serge Nedjar reconnaît que sur les sujets brûlants, “petitement, modestement, CNews a pu faire bouger les lignes”. Il pense que CNews en inquiète certains au gouvernement, qui craignent qu’elle puisse contribuer à propulser une Marine Le Pen au pouvoir.

“Je pense qu’ils ont peur de l’influence de CNews qui, je vous dis, n’est pas énorme, mais ils ont peur de l’influence de CNews à quelques mois de la présidentielle,” avance-t-il.

Léontine Gallois a contribué à ce reportage.

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